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8 avril 2021 Non classé0

Coach Malgorzata Saadani en interview exclusive pour Le Matin:

Il existe plusieurs types de gestion d’équipes dont le management autoritaire. Comment définissez-vous ce concept ?

Les styles de management évoqués par la littérature spécialisée et enseignés lors des formations en entreprise représentent à mon avis, juste certains stéréotypes modélisés. Et la pratique managériale le prouve bien car le rôle d’un manager est d’agir surtout en adéquation avec la situation et avec les profils des interlocuteurs, qu’ils soient internes (collaborateurs) ou externes (clients, fournisseurs). Selon ce modèle, le manager autoritaire donne des ordres, décide tout seul et exige l’obéissance. C’est un style basé sur l’archétype d’un père de famille traditionnel et très largement répandu dans les entreprises marocaines. C’est une calque sociale transférée sur le monde du travail qui décharge les collaborateurs de la responsabilité et les place ainsi dans une position de soumission sécurisée, à l’image des enfants mineurs face à l’autorité parentale omnipuissante.

Entre le management basé sur l’autorité et celui axé sur la fermeté, la confusion s’installe. Comment différencier ces deux types de management ?

Je pense qu’il y a une nuance entre l’autorité et l’autoritarisme. La première se caractérise par la rigueur et la fermeté, parfois dures à accepter par les esprits libres ou rebelles, mais toujours juste et respectueuse de l’autrui. Tandis que l’autoritarisme est marqué par une étroitesse d’esprit et l’absence de communication à deux sens, tout en indiquant aux collaborateurs leurs positions hiérarchiques confinées. L’autoritarisme d’un manager reflète souvent ses incompétences inavouées, ses complexes personnelles, voire ses déficits psychologiques qui trouvent une issue dans l’exercice du pouvoir absolu.

Quels sont les avantages et les inconvénients du management autoritaire ?

Son principal avantage c’est la rapidité de la prise de décisions et la responsabilité claire quant aux conséquences de celles-ci. De plus, il existe des métiers (ou parfois juste des circonstances) où le management autoritaire est très efficace, surtout en situation d’urgence.

Son inconvénient, c’est la déresponsabilisation des collaborateurs qui deviennent au mieux les fidèles exécutants parmi lesquels on ne peut pas trouver une future relève en interne. Le manque de communication équilibrée favorise les malentendus et les risques d’erreurs et prive l’équipe des échanges factuels et sereins ,en encourageant la propagation des messages informels. L’autoritarisme peut également être une source de conflits entre le chef et les collaborateurs insoumis, ou pire encore : du harcèlement moral.

La notion de l’autorité est très mal perçue par les collaborateurs. Comment faire accepter ce type de management par les collaborateurs ?

Tout dépend du secteur d’activité et des profils des collaborateurs, surtout ceux de la jeune génération. Je pense que de toute l’histoire de l’humanité, la jeunesse avait du mal à se conformer aux ordres des aînés, et aujourd’hui encore plus que jamais. La seule solution pour un manager, c’est de gagner le respect et la confiance par sa compétence, par son exemplarité et par sa justesse dans la prise de décisions. Bien sûr, cela nécessite du temps et des efforts personnels, mais ça lui permet d’asseoir durablement son autorité incontestable et même le charisme aux yeux des collaborateurs.

Quelle place pour ce type de management dans le contexte actuel ?

En ces temps instables à tous points de vue, les gens ont besoin de repères et un dirigeant qui sait diriger sans trop hésiter est sincèrement apprécié. Faut-il encore qu’il ait l’expérience suffisamment riche et les horizons suffisamment larges pour tenir compte des réalités très complexes en tant que composantes qui aboutissent sur ses prises de décisions. Le management qui se base sur l’autorité demande aussi une légitimité, aussi bien formelle résultant de la position hiérarchique et des attributions précises et transparentes, que celle humaine pour laquelle le manager travaille durant tout son parcours. Si ces deux conditions sont réunies, le management basé sur l’autorité trouve un bon terrain et une compréhension méritée.

Le management autoritaire est-il applicable dans le télétravail ?

Je dirais oui, bien entendu dans sa version juste ferme et rigoureuse, en excluant l’ingérence débordante dans la vie privée des collaborateurs à la recherche de satisfaire son propre besoin de tout contrôler. Pour mieux s’organiser, il suffira d’appliquer les règles claires de travailler « ensemble » tout en étant « distants », sans oublier de définir une marge de tolérance pour les situations imprévisibles. P. ex. les créneaux de connexion en direct, les télé-réunions régulières et fixes à ne pas oublier et les délais des rendus partagés pour fluidifier le travail en ligne.

De toute façon, en présentiel ou en digital, les collaborateurs et les dirigeants font toujours partie de la même entreprise et les résultats d’activité de celle-ci sont (en principe) leur objectif commun. Si la cohésion et la motivation des équipes était bonne avant la pandémie, cela facilite la transition hybride. Si les problèmes existaient déjà, ils seront exacerbés par la crise.

Malgorzata Saadani

Coach International ICC

Conférencière et médiatrice


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